Un point sur la santé au Laos

Le Laos est un des pays les plus pauvres d’Asie du Sud-Est et a donc un retard important dans le processus de développement. Ce retard a lourdement impacté le domaine de la santé par rapport aux pays développés.

La croissance économique au Laos depuis les années 2000 ainsi que la volonté du gouvernement à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement des Nations Unies a tout de même mené à une amélioration significative du système de santé laotien. Par exemple, la mortalité maternelle a été réduite de 75% entre 2008 et 2017.


Cependant, le Laos fait encore face à de grands enjeux en matière de santé. De nombreux Objectifs du Millénaire pour le Développement ont été atteints mais les chiffres restent faibles, surtout comparés à ses pays voisins. L’accès à la santé est encore inégal, de nombreuses populations vivant dans des régions éloignées ou des régions montagneuses n’ont pas accès à la santé et leur état de santé ne peut s’améliorer. Plus spécifiquement, de nombreux progrès restent à faire dans un grand nombre de spécialités telles que la nutrition, la gynécologie-obstétrique ou la pédiatrie. Le pays continue aussi de faire face à des épidémies de maladies transmissibles.



Les politiques d’amélioration de la santé au Laos :


Au niveau national, la santé est devenue une des priorités du gouvernement laotien. La stratégie de croissance nationale et d’éradication de la pauvreté (NGPES), document phare de programmation stratégique de développement du Laos, identifie le secteur de la santé comme un des quatre secteurs prioritaires d’intervention. La Constitution laotienne révisée de 2015 stipule d’ailleurs que l’Etat doit renforcer les services de santé publique pour prendre soin de la santé de la population avec une attention particulière pour les femmes, les enfants, les personnes démunies et les populations dans les régions éloignées.


Plusieurs lois ont aussi été adoptées en matière de santé. En 2001, une loi sur l’hygiène, la prévention des maladies et la promotion de la santé a été promulguée. Un plan national multisectoriel pour la prévention et le contrôle des maladies transmissibles a été adopté en 2014. Il y a aussi la réforme du secteur de la santé Lao pour la période 2013-2025, qui détaille un plan d’action pour un système de santé résilient et une couverture de santé universelle pour 2025. Cette réforme prend en compte le besoin à un meilleur accès à la santé et la nécessité d’avoir des services de santé de qualité. Enfin, il y a le huitième plan de développement du secteur de la santé pour la période 2016-2020 qui prend en compte les barrières culturelles, financières et géographiques rencontrées par des groupes vulnérables qui ne peuvent avoir un accès équitable à la santé.


Bien que la santé soit considérée comme une priorité. Les dépenses publiques pour la santé sont, tout de même, faibles. Depuis 1990, les ressources allouées à la Santé publique par l’État ont baissé de plus de 20%. Les dépenses de santé du secteur public et privé confondues étaient de 3.33% du PIB en 2000. En 2019, elles étaient à 1.98% du PIB. De même, le Laos dépensait en 2013, 32,41$ par habitant pour la santé. À titre de comparaison, le Cambodge dépensait 75,64$ et la France 4864$ par habitant durant cette même année.

Les services de santé sont aussi majoritairement à la charge des patients et dépendent des financements extérieurs. Au Laos, moins de 15% des personnes en situation précaire ont une assurance santé.


Les chiffres clés en matière de santé :


Pour bien comprendre le contexte sanitaire au Laos, il est important d’établir les chiffres clé qui permettent de faire un point sur le système de santé. En 2020 au Laos, il y avait environ 7 400 000 habitants. La densité de la population est assez faible. En 2018, il y a 30,60 personnes par km carré. En comparaison, en France, il y a 118,27 personnes par km carré. L’espérance de vie a considérablement augmenté, ce qui témoigne de l’amélioration significative du système de santé au cours des décennies. En 2000, l’espérance de vie était de 57 ans. En 2018, les femmes ont une espérance de vie de 69 ans et les hommes de 65 ans.


Concernant les naissances, en 2020, le taux de natalité est de 22 pour 1000 habitants. Les femmes entre 15 et 50 ans ont environ 3 enfants au cours de leur vie.

Concernant les décès, en 2020, le taux de mortalité est de 7 pour 1000 habitants. Selon les statistiques de 2019, 9,02% des décès sont dus à des accidents ou à des traumatismes, 65,34% des décès sont dus à des maladies non-transmissibles et 25,64% sont dus à des maladies transmissibles (dont les décès liés à la grossesse, à l’accouchement et à la nutrition). Environ 27% des décès sont attribués aux maladies cardiovasculaires, cancers, diabètes et maladies respiratoires chroniques. En 2019, il y a aussi environ 500 morts du sida pour environ 13 000 cas déclarés de VIH/sida.


Le système de santé reste primaire. Lorsque l’on se penche sur la capacité des hôpitaux, on s’aperçoit que leurs ressources sont faibles, surtout dans les régions isolées. Le nombre de lits d’hôpitaux est bas et est fluctuant. Il était de 2,57 pour 100 habitants en 1990 ; de 0,90 en 2002 et de 1.50 en 2012. Il en est de même pour le nombre de médecins disponibles. Le Laos manque encore de praticiens suffisamment formés, notamment dans les zones rurales. Les médecins étaient 0,23 pour 1000 habitants en 1900 ; 0,59 en 1996 ; 0,35 en 2004 et 0,17 pour 1000 habitants en 2012. Au 2017, on comptait encore qu’il n’y avait que 0,37 médecins pour 1000 habitants. Leur chiffre est donc en augmentation mais cela reste grandement insuffisant. De même, en 2012, il n’y avait que 0,9 infirmières et sages-femmes pour 1000 habitants.


Les compétences du personnel de santé sont aussi anciennes car le Laos a été un pays isolé du reste du monde et n’a pu, de ce fait, participer aux échanges indispensables à tout progrès en médecine accumulant un retard important dans la plupart des spécialités. Les nouvelles méthodes d’intervention ne sont donc pas acquises.


Le système de santé laotien reste fracturé. À l’avenir, les échanges transfrontaliers et le changement climatique vont créer des tensions sur le système de santé en place qui ne pourra prévenir, surveiller et contrôler les épidémies.


Une des maladies transmissibles la plus présente au Laos est la dengue. Cette maladie est transmise par les piqûres de moustiques, entraîne des symptômes grippaux et peut devenir très grave. Selon l’OMS, la dengue est l’une des infections émergentes les plus rapides, le nombre de cas ayant doublé depuis une dizaine d’années. En 2019 au Laos, 33 700 personnes ont contracté le virus et 59 personnes en sont décédées. L’épidémie de dengue se reproduit tous les ans entre le mois de mai et le mois d’octobre, les mois les plus chauds et humides de l’année. Au Laos, il est nécessaire d’améliorer le diagnostic de la dengue dans les hôpitaux et les dispensaires provinciaux et de district pour prévenir les décès inévitables.


Aujourd’hui, la maladie transmissible la plus inquiétante reste bien évidemment le Covid-19, qui a des conséquences considérables sur la population laotienne, et pas seulement sanitaire. Lors de la propagation du Covid-19 à travers le monde en 2020, le Laos a échappé à « la première vague » en se confinant très rapidement, en barricadant les rues, en fermant les frontières et en appliquant les gestes barrières même avec un nombre de cas très faibles. Après cela, bien que les frontières soient restées fermées, les habitants ont pu reprendre une vie normale. Cependant, l’ouverture sous conditions des frontières avec les pays voisins au début 2021 a mené à une flambée des cas au Laos, passant de 50 cas positifs à environ 1600 cas en quelques semaines. Aujourd’hui, il n’y a eu que deux morts enregistrés, mais la population ne se fait pas forcément dépister et les personnes atteintes du Covid-19 ne se font pas non plus connaître.

Les enjeux essentiels au Laos :


Outre le Covid qui reste la préoccupation première de tous les pays du monde, certains domaines médicaux au Laos ont besoin d’attention. Notamment, la pédiatrie, la nutrition, la gynécologie et la santé des femmes plus généralement.


La pédiatrie est un domaine médical qui demande beaucoup d’amélioration au Laos, les Objectifs de Développement Durable concernant la santé des enfants n’ont pas été atteints. Les centres de santé manquent de matériels et le personnel de santé a besoin de formation sur le nouveau-né, les urgences et les signes d’alertes ou encore les pathologies infectieuses courantes (ORL, pulmonaires et dermatologiques).

En 2018, il y a encore 4,7% de mortalité infanto-juvénile au Laos. C’est le pays d’Asie du Sud-Est le plus touché par cette question. En comparaison, la mortalité infantile est de 0,3% en France.



Formation en pédiatrie

Beaucoup de maladies que peuvent avoir les enfants sont liées à la malnutrition. Les enjeux liés à la nutrition commencent dès la naissance. En 2015, 17,3% des nouveau-nés ont un poids insuffisant à la naissance (moins de 2,5 kg) et en 2017, seulement 26,5% des nouveau-nés entre 6 et 23 mois reçoivent un régime alimentaire correct. Aussi, seulement 50% des femmes sont initiées à l’allaitement dans les 1h après l’accouchement.


En 2016, 43,80% des enfants de moins de 5 ans sont anémiques, 44% ont un retard de croissance et 27% ont un poids insuffisant. Des solutions sont, tout de même, mises en place pour une partie des enfants. En 2012, 61,2% des enfants ayant la diarrhée reçoivent une solution orale réhydratante et en 2017, seulement 15,2% reçoivent du zinc. Il faut prendre en compte que les maladies diarrhéiques restent l’une des premières causes de décès pour les enfants de moins de 5 ans. Elles représentent 9% des morts parmi les enfants au niveau mondial.


Aussi, en 2017, 57% des nouveau-nés entre 6 et 59 mois reçoivent une dose première dose de vitamine A et 65% de ces nouveau-nés reçoivent une deuxième dose 6 mois plus tard. La vitamine A est importante car elle augmente les chances de survie des nouveau-nés et réduit les complications liées aux maladies infantiles.


Les problèmes de nutrition sont aussi visibles pour les femmes. En 2016, 39,7% des femmes en âge de procréer ont de l’anémie et 45,7% des femmes enceintes ont de l’anémie. Enfin, chez les adultes entre 20 et 79 ans, en 2019, la prévalence du diabète est de 6,40%. Le pourcentage d’adultes atteints du diabète augmente au Laos, ce qui reste un problème important.


Au Laos, les formations spécialisées dans la nutrition existent, mais la nutrition n’est pas intégrée dans le cursus médical et les personnels de santé Lao ne sont donc pas formés. En 2017, il y avait 0,1 nutritionniste pour 100 000 habitants.

La gynécologie est aussi une spécialité où le personnel de santé a besoin d’être formé. Selon l’agence UNWomen, l’agence de l’ONU pour l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes, le personnel de santé doit être renforcé, à commencer par les sages-femmes. Du personnel compétent pour les accouchements doit être disponible et accessible, surtout pour les services obstétricaux d’urgence.


Accompagnement dans un hôpital

Remise des diplômes d'une formation en Gynéco-Obstétrique

En effet, au Laos, seuls 40% des accouchements ont lieu en présence d’un personnel compétent et seulement 0.7% des accouchements ont lieu dans des établissements « Amis des bébés », établissements construits et aménagés pour prendre en compte tous les besoins d’un nouveau-né. En 2005, le nombre moyen d’interventions gynéco-obstétricales au niveau provincial était de 100, il y a encore beaucoup de femmes qui continuent à accoucher à domicile.


La mortalité maternelle est encore très élevée. Tout comme pour la mortalité infantile, le Laos est le pays d’Asie du Sud-Est le plus touché par cette question. Elle varie selon que l’on soit en zone rurale ou urbaine, mais la mortalité maternelle est de 185 pour 100 000 naissances en 2019. Pour comparer, en France, la mortalité maternelle est de 8 pour 100 000 naissances.

La grossesse des jeunes femmes, voir des adolescentes est aussi conséquente. En 2015, 10% des jeunes femmes âgées entre 15 et 19 ans accouchent d’un enfant. Tout de même, en 2017, 72% des femmes en âge de procréer (entre 15 et 49 ans) sont satisfaites de la planification familiale et des méthodes modernes associées, ce qui est relativement élevé.


Enfin, on estime que 3 000 femmes vivent avec le VIH au Laos, dont environ 1 100 sont connues et la moitié reçoivent un traitement antirétroviral gratuit dans le cadre du programme national de lutte contre le VIH. Il n’y a par ailleurs aucune pratique de dépistage systématique des lésions précancéreuses et du cancer cervical, ni par frottis cervical, ni par test ADN PVH pour les femmes infectées par le VIH.


Plus généralement, UNWomen considère que l’amélioration du statut des femmes au Laos doit avoir lieu par une amélioration des soins de santé primaires, des services proposés pour la santé sexuelle et reproductive et la nutrition. Un rapport a été établi en 2009 et il en déduit que bien qu’il y ait eu des améliorations concernant l’accès à la santé pour les femmes ou la réduction de la mortalité maternelle et infantile, les chiffres sont encore trop élevés, et surtout dans les zones rurales. Le souci doit surtout se poser sur la situation des femmes qui se trouvent dans les régions isolées et montagneuses du Laos, ce qui représente la majorité des femmes. Elles sont majoritairement dans une situation précaire, analphabète, n’ont pas accès à la santé, à l’éducation ou aux services sociaux et ont, elles aussi, besoin de services de santé basiques, de services obstétriques et de planification familiale.


Bibliographie :


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Paboriboune P. & Taverne B. (2018), Questions éthiques à propos d’une recherche sur le dépistage du cancer du col de l’utérus chez des femmes vivant avec le BIH au Laos. En ligne, https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers18-03/010071478.pdf


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https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMListeStatSpecifique/1


https://www.indexmundi.com/map/?t=0&v=21&r=as&l=fr





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