Diversité des cultures au Laos: un état des lieux (Partie 1)

D’après un recensement officiel datant de 2005, le Laos compte environ 49 groupes ethniques différents avec au moins 240 sous-groupes, qui sont catégorisés soit en fonction de leur habitat, soit en fonction de leur langue. La division des populations par habitat dépend de l’altitude à laquelle elles vivent. Nous retrouvons dans cette catégorie les Lao Loum (lao des plaines), les Lao Theung (lao des collines) et les Lao Sung (lao des montagnes). La classification par famille ethnolinguistique est divisée entre les Lao-Tai, les Mon-Khmer, les Hmong-Mien et les Chinois-Tibétain.


Dans ce pays multiculturel, certaines traditions sont communes à toutes les ethnies, telles que le baci ; cérémonie de rappel des âmes pratiquée dans tous les événements importants de la vie (naissance, mariage, décès), ou le Lam Vong ; danse la plus populaire au Laos. Mais lorsque l’on compare les familles ethnolinguistiques, on peut apercevoir de grandes différences culturelles entre elles. Outre le partage de la langue, les modes de vies communs partagés par certaines ethnies justifient qu’ils appartiennent à une même famille ethnolinguistique. Bien sûr, au sein de ces familles ethnolinguistiques, les différentes ethnies ne sont pas tout à fait similaires et peuvent avoir un mode de vie bien particulier. Il est important de préciser que les similitudes qui sont mises en avant dans la culture d’une famille ethnolinguistique ne sont qu’une généralité et ne représente pas toutes les ethnies d’une même famille.


Il est donc intéressant de faire un état des lieux des cultures et traditions des familles ethnolinguistiques, en se concentrant sur les ethnies particulières, souvent minoritaires, pour chaque famille ethnolinguistique présentée.

Cet article s'intéresse aux Lao-Tai, la population majoritaire du Laos et aux Chinois-Tibétain, la population isolée du Laos.


Les Lao-Tai, la population majoritaire du Laos


Les Lao-Tai sont la famille ethnolinguistique majoritaire au Laos. Ils sont à peu près 4 millions et représentent environ 55% de la population. Ils regroupent des ethnies telles que les Lao, les Phouthay, les Nhoaun, les Lue, les Tai, etc. Ces ethnies proviennent principalement de la Province de Yunnan dans le sud de la Chine et ont émigré au 13e siècle suite à divers conflits avec les Mongoles, les Hans et d’autres ethnies chinoises. On retrouve des ethnies Lao-Tai dans toute l’Asie du Sud-Est.


Le mode de vie des ethnies Lao-Tai est souvent celui le plus représenté au Laos. D’abord, concernant leur religion, les Lao-Tai sont principalement bouddhistes Therevada et croient aussi aux esprits. Le bouddhisme Therevada veut dire « La Doctrine des Anciens » et est relativement conservateur. Ses partisans considèrent que les enseignements qui leur ont été inculqués sont les plus proches des enseignements originaux de Bouddha. Ils croient en la réincarnation et en la multiplicité des dieux, qui ont chacun un pouvoir limité. Selon eux, il n’y a pas de destin, les enseignements de Bouddha sont là pour nous aider mais c’est à nous de créer notre propre chemin.

Le bouddhisme, qui s’est imposé entre le 14e et le 17e siècle, est la religion principale au Laos mais est loin d’être la seule. Dans les villages des ethnies Lao-Tai, on trouve souvent un temple bouddhiste et au moins un moine. Certaines ethnies ont tout de même refusé la conversion au bouddhisme et ont conservé le culte des esprits.


Dans leur culture d’origine, les Lao Tai ont une structure sociale et une politique très hiérarchisée. Au niveau le plus bas, on trouve le village, puis la commune, qui comprend plusieurs villages. Et enfin au plus haut niveau, on trouve le « muong », qui regroupait plusieurs communes et villages. Le muong était dirigé soit par un héréditaire noble, tout comme pour les communes, qui pouvait être accompagné d’un conseil, soit par un leader religieux. Cela dépendait des ethnies. Cependant, ce n’était pas le cas dans les villages car le chef était choisi par les habitants eux-mêmes.


Leurs villages sont souvent plus grands que pour les ethnies des autres familles ethnolinguistiques. Les Lao-Tai sont principalement affiliés à la catégorie des Lao Loum, c’est-à-dire des Lao qui vivent dans les plaines. Ils sont localisés près des rivières et des routes, qui donnaient accès à des commerçants ambulants. Leurs maisons sur pilotis sont fabriquées avec du bois et du bambou. La base de leur alimentation est le riz collant, qu’ils cultivent principalement dans des rizières inondées. Certaines ethnies Lao-Tai préfèrent tout de même vivre dans la partie basse des montagnes et cultivent le riz de colline, le maïs, le blé et les haricots.


Les Tai Dam (Thaï Noirs) forment la principale minorité Lao-Tai. Ils vivent au Nord et à l’Est du Laos et la majorité d’entre eux ont immigrés vers le Laos après la Guerre d’Indochine. De tous les groupes Lao-Tai, les Thaï Dam sont ceux qui ont le mieux conservé leurs traditions.

Leurs maisons, construites selon la culture Lao-Tai, sont reconnaissables à leur toit en forme d’écaille de tortue. Leurs villages sont généralement entourés de clôtures en bambou. Les Tai Dam cultivent principalement le riz, le caoutchouc, le manioc, le sucre et les fruits. Ils élèvent aussi différents animaux. Étant à la base des agriculteurs, d’autres secteurs de travail ont aujourd’hui de l’importance. Les femmes sont par exemple d’excellentes brodeuses.


Leurs tenues sont noires et cela explique le nom qu’il leur a été donné. Ils fabriquent eux-mêmes leurs vêtements avec, notamment du coton, qu'ils marinent dans la boue après les avoir trempé dans une préparation colorante pour leur donner cette couleur

noire. Les tenues traditionnelles des femmes se composent d’une longue jupe, un chemisier cintré à la taille par une ceinture en soie et une large coiffe noire.


Les Tai Dam sont une des ethnies Lao-Tai ayant gardé une croyance basée sur le culte des ancêtres, même s’ils sont influencés par la religion bouddhiste dominante. Selon eux, les personnes décédées continuent de vivre parmi nous, sous forme de « phi » (esprit).

Ils accordent une grande importance à la famille. Le chef de village est l’homme le plus ancien et il y a une certaine hiérarchie dans leur société, basée sur l’âge, la profession, la richesse et la résidence.


Les Chinois-Tibétain, la population la plus isolée du Laos


La famille ethnolinguistique des Chinois-Tibétain représente environ 5% de la population laotienne. Elle regroupe des ethnies telles que les Akha, les Lahou, les Phounoy, les Lolo, les Hor, etc. Ce sont les ethnies les moins développées que l’on peut trouver au Laos et elles vivent surtout dans le Nord du Laos et proviennent de pays voisins. Les Ahkas sont d’origine du Yunnan et du Tibet et ont émigré au 19e siècle, les Phounoy viennent du Myanmar et ont émigré au 16e siècle. Les Hor viennent de Chine.


Ils pratiquent des religions animistes complexes basées sur les esprits et les âmes. Leur système social accorde une place très importante aux chamans, personnes capables de communiquer avec l’au-delà. Certaines ethnies croient à la réincarnation avec changement de sexe.

Ces ethnies sont souvent illettrées et n’ont pas produit d’écrits. Il y a environ 40% d’analphabétisme au sein de ces populations, surtout chez les femmes et les personnes âgées. Ils ont tout de même des bases en lao, qu’ils utilisent surtout pour le commerce.


Les Chinois-Tibétains sont souvent reliés aux Lao Sung ou aux Lao Theung car ils vivent soit à plus de 1000 mètres d’altitude soit à des altitudes légèrement inférieures. Leurs maisons sont construites en bois et bambou à même le sol. Ils vivent dans des villages qui sont souvent plus reculés et certains vivent encore de façon très autonome. Tout comme les Hmong-Mien, ils brûlent la terre pour cultiver du riz, du pavot et de l’opium. Ce sont aussi des chasseurs cueilleurs.


Les Akha, communautés vivant traditionnellement en altitude, sont souvent très isolées. Les Akha n’ont pas de langue écrite mais ont tout de même réussi à sauvegarder leur identité et leur histoire sur une soixantaine de générations.

Les villages akhas sont reconnaissables à la porte qui marque l’entrée, qui protège le village contre les dangers extérieurs et représente la limite entre le monde des humains et le monde des esprits, et à une balançoire installée au sein du village, qui est utilisée en août et septembre, période de la fête de la moisson. Leurs maisons sont en bois sur pilotis et sont divisées selon le sexe, avec des zones réservées exclusivement aux hommes. Ils cultivent principalement de l’opium, mais maintenant que cela est devenu interdit, ils se tournent vers la chasse, l’élevage et la culture du riz.


Ils sont animistes et pratiquent le culte des ancêtres avec une place importante de la terre, la nature et les cycles de la vie. Les récoltes sont l’occasion de cérémonies pour rendre hommage aux dieux.

Les femmes Akha portent des coiffes d’argent ornées de pièces de monnaie aux formes et décors différents selon les groupes. Ces coiffes représentent leur statut social et marital dans la communauté.


Les Opa sont une ethnie relativement petite et mystérieuse au Laos. Ils sont environ 700 et sont répartis en 4 villages. Ils pratiquent la culture du riz sur brûlis, du pavot, le tissage et l’élevage. Ce sont principalement des agriculteurs et sont relativement autonomes. Habituellement, les occidentaux ne rentrent pas dans leurs villages reculés, les habitants ne sont d’ailleurs pas habitués à la vue d'étrangers.

Leurs maisons sont en terre cuite, sans fenêtres. Le toit est en chaume, en bambou ou en tôle ondulée. Chaque maison possède un "Ap’olakhay", le panier des ancêtres dans lequel demeureraient des "Nè", esprits en l’occurrence des ancêtres.


La grossesse est au cœur des croyances des Opa. Les femmes conservent le placenta, le disposent dans des tubes de bambous devant les maisons pour chasser les mauvais esprits. Avoir des jumeaux, accoucher allongée sont des interdits dans la culture des Opa. En cas de complication, l’intervention du chaman est requise pour réaliser des sacrifices et autres rites pour que l’accouchement se passe bien. Ils vouent aussi un culte exotique aux seins, qui sont toujours exposés.

Les femmes Opa portent des coiffes sophistiquées. Les jeunes femmes portent d’imposantes tiares rondes ornées de fils d’argent, de pièces d’argent. Les mariées portent des coiffes triangulaires recouverts d’ornements en argent.


Camille PETERSEN


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