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Création de l’association Peuples et Montagnes du Mékong : la dette d'un voyage – Épisode 5

  • il y a 22 heures
  • 4 min de lecture

Comment un voyage au Laos, en 2010, a-t-il conduit à la création de l’association Peuples et Montagnes du Mékong ? À travers une mini-série inédite, nous vous proposons de découvrir le récit fondateur écrit par notre président. Dans ce cinquième épisode, le récit quitte les montagnes du Laos pour entrer dans une autre étape : celle où l’émotion devient décision, et où la responsabilité se transforme en action.


Création de l’association Peuples et Montagnes du Mékong : du choc du retour à la décision d’agir


Dans les épisodes précédents, nous avons traversé la forêt, partagé la vie du village, vécu l’hospitalité et découvert une réalité bouleversante.



Mais le véritable tournant ne se joue pas au Laos. Il commence au retour.

Lorsque le voyage se termine… et que l’on ne parvient plus à vivre comme avant.


La dette du voyage - épisode 5


Nous avions retrouvé nos maisons, nos routes, nos habitudes, notre confort. Nous avions repris nos vies comme si rien ne s’était passé. Mais quelque chose, en nous, ne s’était pas refermé. Le village de BAN HUEY PONG était resté accroché à notre mémoire comme une image insistante. Les enfants, leurs regards, la boue, la fumée, la pauvreté, mais surtout cette dignité immense… tout cela nous revenait sans cesse car nous avions vu.


Nous avions vu des enfants pieds nus dans la boue, des femmes portant le poids du monde sur leurs épaules, des hommes rentrant de la chasse avec le silence des vies dures. Nous avions vu l’absence d’eau potable, l’absence de soins, l’absence d’avenir. Nous avions vu la pauvreté nue, mais aussi la dignité intacte.

Et désormais, nous savions.


Nous savions que ces montagnes n’étaient pas seulement lointaines : elles étaient abandonnées. Nous savions que ce village n’était pas une exception, mais un symptôme. Nous savions que derrière la beauté du Laos, il existait une autre réalité, invisible aux voyageurs pressés, une réalité faite de survie quotidienne.

Et lorsqu’on sait, on ne peut plus prétendre ignorer.


On ne peut plus rentrer chez soi en refermant la porte sur le monde. On ne peut plus vivre comme avant, comme si cette misère n’était qu’un décor aperçu par hasard. Car ce que l’on a vu finit toujours par nous rattraper. Et ce que l’on sait devient une responsabilité.


Très vite, presque comme une évidence, une idée s’est imposée : il fallait agir.

Pas pour jouer aux sauveurs, pas pour se donner bonne conscience, pas pour réparer le monde à notre mesure. Mais parce que rester immobiles nous aurait rendus complices. Parce qu’il est des rencontres qui obligent. Parce qu’il est des visages d’enfants que l’on ne peut pas effacer d’un simple retour en avion.


Alors l’idée d’une association est née, simplement, naturellement.

Étant un professionnel du social, j’ai d’abord fait appel à des collègues de mon secteur. Des femmes et des hommes habitués à écouter, à accompagner, à croire encore que l’humain est plus grand que sa misère.


Puis j’ai sollicité trois femmes médecins, d’une grande expérience, habituées aux missions humanitaires. Elles n’ont pas hésité longtemps. Elles savaient, elles aussi, qu’il existe des moments où l’on ne décide pas vraiment : on répond.


Ainsi s’est constitué un premier groupe. Une équipe faite de parcours différents, mais unie par la même intuition : il n’y a pas de frontières pour la compassion.


Nous nous sommes lancés dans cette aventure sans en maîtriser tous les éléments. Nous ignorions les obstacles, les difficultés logistiques, les imprévus du terrain. Nous ne savions pas si nous tiendrions dans la durée. Mais nous savions pourquoi nous le faisions.


Et parce qu’au fond, malgré les différences de langue, de religion, de peau, de culture, malgré les distances et les montagnes, un enfant Hmong est un enfant comme les nôtres. Un enfant qui a droit à la santé, à l’éducation, à la dignité. Un enfant qui a droit à l’avenir.


Nous le faisions parce que nous croyions encore à certaines valeurs, celles qui ne se négocient pas : le respect, l’entraide, la fraternité.


Nous le faisions parce que nous avions compris que l’amour n’est pas seulement un sentiment privé. L’amour peut être une action. Une présence. Une fidélité. Une manière de ne pas détourner les yeux.


Peu à peu, cette aventure est devenue un chemin, un engagement et une histoire collective. Ce qui n’était au départ qu’un voyage s’est transformé en un lien durable.

Aujourd’hui, Peuples et Montagnes du Mékong existe[1]. Nous l’avons appelé ainsi parce que la richesse du Laos est riche de ses nombreuses ethnies.


[1] L’association a été publiée au Journal Officiel le 23 juillet 2011.


Récit, Jean-Michel Courtois.

Découvrez la suite de l'histoire dans le prochain épisode, courant juillet.


Maïna Reslinger

 
 
 

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