Pesticides au Laos, un danger permanent

Mis à jour : 11 nov. 2019


L'utilisation de pesticides dans l'agriculture s'est intensifiée dans plusieurs pays en développement, mais particulièrement en Asie du Sud-Est. Cette augmentation rapide a posé le problème de la gestion des risques, pour les personnes et les écosystèmes.


© Garçon labourant avec un tracteur au couché du soleil à Don Set / Basile Morin


Des risques auxquels la population est vulnérable

Il est communément admis que la principale prise de risque est pour les applicateurs et leur proches. Une large part de la population est impliquée dans l'agriculture. En manipulant les produits phytosanitaires, les pulvérisant et les respirant cette population est particulièrement exposée. De plus, l'épandage se fait souvent dans des conditions augmentant les risques, sans équipement correct et surtout sans une connaissance des risques suffisante.

Dans la province de Bokéo, par exemple, où les plantations de bananiers sont régulièrement aspergées de grosses quantités de pesticides, la plupart des patients sont les travailleurs des plantations. L'utilisation massive de ces produits provoque des dégâts conséquents sur l'environnement et la santé, pouvant entrainer jusqu'à la mort par empoisonnement de personnes vulnérables, comme les enfants.

Non contents d'empoisonner ses utilisateurs, les pesticides transportés dans l'air vont aussi avoir des conséquences sur les riverains des zones d'épandage.

En Janvier 2018, le Lao Upland Advisory Service a réalisé des tests sur la population de la province de Xiangkhouang, qui ont montrés que 96% de la population avait des résidus de produits chimiques dans le sang. Ces résidus proviendraient principalement de la consommation de fruits et légumes, une autre voie de contamination. Selon le ministère de l'Agriculture et de la Forêt, plus de 100 tonnes de pesticides et d'herbicides ont été importés dans les districts seuls de Nonghad et Kham entre 2004 et 2015.

De mauvaises pratiques et connaissances insuffisantes générant plus de risques

Dans leur gestion des ravageurs, les agriculteurs Laos sont totalement dépendants des pesticides. Il s'agit de leur principal moyen de contrôle des nuisibles et 75% le considèrent indispensable. Les pratiques de ces agriculteurs dépendent avant tout de leurs connaissances des produits qu'ils utilisent mais aussi de leur environnement. Une étude menée par « Science of the Total Environment », une revue consacrée à la science environnementale, sur un échantillon de 300 agriculteurs Laos, montre qu'ils ont avant tout une mauvaise connaissance de leur milieu. Par exemple, ils ne savent pas reconnaître les insectes inoffensifs ou pouvant être bénéfiques. Ils ont tendance à tous les considérer comme dangereux et pulvérisent systématiquement contre tous les insectes. 60% d'entre eux pensent que les meilleurs pesticides sont ceux qui éliminent tous les insectes immédiatement.

Bien qu'ils aient une bonne connaissance des pictogrammes de sécurité présents sur les emballages, leur connaissance des risques et des pratiques dangereuses est incomplète. Par exemple beaucoup ont tendance à mélanger les produits chimiques pensant augmenter leur efficacité. Lors des épandages, les agriculteurs se protègent bien bras, jambes et têtes sans pour autant protéger les voies respiratoires et les yeux, car 92% d'entre eux pensent que l'entrée des produits se fait par la peau et ne font pas attention aux autres entrées possibles. Les agriculteurs du Laos pulvérisent beaucoup plus souvent que dans les pays voisins, en plus petites quantités mais sans systématiquement respecter les délais d'attente après traitement.

La plupart reconnaissent avoir eu des symptômes (maux de têtes, fatigue, nausées, forte sudation principalement) suite aux pulvérisations sans pour autant faire le lien de cause à effet.

Enfin, les sources de recommandations et d'avertissement sont limitées. Seulement 10% reçoivent des recommandations lors de campagnes préventives du gouvernement, 20% ont reçu des recommandations des vendeurs mais surtout 40% écoutent les instructions de leurs proches et de leurs pairs. Ces données croisées à celles sur la fréquence d'utilisation des agriculteurs montrent que ceux ayant reçus leurs recommandations de vendeurs utilisent jusqu'à trois fois plus de pesticides que ceux suivant les recommandations de voisins et de pairs. Ces analyses permettent d'entrevoir des points d'entrée d'intervention pour une évolution positive des pratiques au Laos.

Vers une évolution des pratiques agricoles et une réduction de la dépendance aux pesticides

Plusieurs stratégies peuvent être mises en place, premièrement, pour améliorer la connaissance qu'ont les agriculteurs de leur environnement. En leur apportant une formation, ils pourront distinguer les insectes bénéfiques des nuisibles. Ensuite, la promotion du partage des connaissances et techniques au niveau local permettra une diffusion de pratiques plus durables.

Réduire la dépendance aux pesticides nécessite des efforts conjoints du secteur public et privé. Avec la participation d'ONG, nous pouvons faire évoluer positivement les pratiques agricoles, par la mise en place de campagnes de formations et de prévention. Enfin, la promotion active des biopesticides peut réduire drastiquement l'utilisation des pesticides chimiques. Une législation plus dure permettra également de prévenir de futur dommages des plantations.

Enfin, selon le Ministre de l'agriculture et de la forêt, la surface occupée par les bananeraies (plantations les plus lourdement pulvérisées de pesticides) est en nette baisse, auparavant 26.000 hectares mais en 2018 20.400 hectares et 15.000 en 2019. Nous sommes à un moment charnière de l'évolution des pratiques agricoles, vers une réduction de la dépendance aux pesticides, dans laquelle nous pouvons jouer un rôle.

Iris Przychodzen



Sources :


  • Souknilundon Southivongnorath. Business shortcuts the cause of banana problems, ministry says.Vientiane Times, 23 Mai 2019, disponible sur Article Vientiane Times.

  • Laos. Farmers in Xiangkhouang poisoned by pesticides and herbicides in food. Asia news, 3 Juin 2019, disponible sur AsianNews Farmers in Xiangkhouang poisoned.

  • Karunamoorthi K., Mohammed M., Wassie F.. Knowledge and practices of farmers with reference to pesticide management: implications on human health. Dans Health, 67. 2012, pages. 109-116.

  • Collectif : Schreinemachers P., Chen H.P. (presse). Too much to handle? Pesticide dependence of smallholder vegetable farmers in Southeast Asia (traduit), dans Science of The Total Environment, Elsevier, Volumes 593–594, 1 Septembre 2017, Pages 470-477.

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