Être femme au Laos

Le Laos est un pays pluriel dont la population est composée de 68 ethnies selon les ethnologues et de 47 selon le Front Lao d’Édification Nationale. Cette diversité est riche de pratiques culturelles différentes qui peuvent parfois apparaitre difficiles à comprendre pour les occidentaux que nous sommes et qui ont tendance à évaluer les situations à l’aune de notre propre référentiel social et culturel.


Au cœur de ces cultures, la femme occupe dans le système familial une place centrale. Elle gère le foyer familial et plus particulièrement l’ensemble des tâches ménagères ce qui lui confère un certain pouvoir.

La femme Lao est aussi très représentative de la diversité de son pays et il est peut-être plus sage de parler des femmes Lao au pluriel. En effet, qui y a-t-il de commun ou de différent entre des femmes issues des villages ruraux de montagne comme les Hmong, ou les Khamu, et des femmes lao-thaï issues d’un milieu urbain ?


Ce travail d’observation, de réflexion et de comparaison est riche d’enseignement sur le fonctionnement de la société laotienne en général et sur la question du genre en particulier.


Beaucoup de points opposent ces femmes. Les cultures sont apparemment différentes et les situations sociales et économiques font rupture. Un fossé culturel, social et économique qui s’agrandit depuis plusieurs années entre les villes urbaines et les zones rurales et montagneuses de l’arrière-pays. Le même fossé se reproduit à l’intérieur des zones urbaines.

Par exemple à Vientiane, deux types de population féminine peuvent se côtoyer : d’un côté des femmes qui appartiennent à une classe bourgeoise montante, issue du commerce, de l’administration ou de l’université et qui donne une image de modernité. De l’autre, des femmes migrantes venues de leur village, employées comme domestique (nourris/logés mais sans salaire) ou qui au mieux occupent des métiers précaires dans les entreprises, le commerce ou la restauration.

Aujourd’hui, cet équilibre urbain précaire entre deux modèles de femmes est accentué par la crise économique provoquée par la pandémie. Avec l’apparition en mars 2020 du COVID-19 et la fermeture de très nombreux commerces, beaucoup de jeunes salariés issus des milieux ruraux ont été obligés de quitter la ville pour revenir dans leur village. Ils y trouvent au moins le gîte et le couvert et participent aux travaux des champs quand c’est possible. Restent en ville, ceux et celles qui n’ont plus d’attaches avec leur village d’origine ou qui se sont fait répudier par leur famille. C’est notamment le cas dramatique de jeunes mères célibataires sans ressources qui se retrouvent aujourd’hui démunies de toute possibilité de subsistance.


Pourtant, et malgré ces différences sociales, économiques et culturelles entre ville et campagne et à l’intérieur de la ville, certains points communs émergent qui contribuent à les positionner aussi bien dans la conquête de leur place légitime que dans leurs servitudes.


Le premier se situe sur le plan religieux. Le bouddhisme Theravâda progresse un peu partout sur le territoire (autour de 50 %) et fait lien dans la population. Les femmes Lao sont très croyantes et suivent attentivement les nombreuses fêtes bouddhistes. Celles qui le peuvent sont capables de consacrer beaucoup de temps et d’argent à ces rituels, ce qui leur confère un statut supérieur à celui des femmes des zones de montagne, qui pour l’essentiel, sont animistes.


Un autre point commun qui me semble avoir contribué à donner une place importante à l’ensemble de ces femmes est historique et touche à leur participation dans l’effort de guerre (Guerre du Vietnam et période révolutionnaire du Pathet Lao). Le recrutement pendant cette période s’est fait sans distinction entre garçons et filles. Les jeunes filles (plutôt issues des milieux urbains) devenues femmes ont participé à part égale avec les hommes à l’effort de guerre (même si les hommes étaient plus nombreux). Elles ont servi comme informatrices, comme militantes, comme aides-soignantes ou comme institutrices. Elles ont effectué des portages de riz ou des transports d’armes.


Cette participation active dans la révolution leur a donné une place singulière qui fut très tôt prise en compte et amena la Création d’un Comité de recherche sur les activités des femmes qui a conduit aujourd’hui à l’actuelle Union des femmes Lao. La participation à ces évènements a marqué toute une génération et a servi, pour un certain nombre d’entre elles, d’ascenseur social. Celles qui en ont bénéficié ont pu se retrouver dans les services de l’état, y compris à des postes de responsabilités. Elles continuent d’exprimer leurs idéaux d’émancipation sociale et d’égalité entre hommes et femmes.