Les routes du Laos : obstacle à la santé
- PEMM
- 11 juil. 2025
- 3 min de lecture
Au Laos, les routes racontent à elles seules une histoire de contrastes, de défis géographiques et d’infrastructures à bout de souffle. Dans ce pays majoritairement montagneux, les voies de communication, en particulier dans le nord, sont souvent synonymes de périls quotidiens pour les habitants comme pour les voyageurs.


La réalité des villages
Dans les montagnes du nord, les routes ne traversent pas seulement les villages : elles les divisent. Construites en pente, sans aménagements sécurisés, elles passent au milieu de hameaux, forçant les habitants à traverser des voies où circulent camions et véhicules à grande vitesse. L’absence de trottoirs, de signalisation ou de ralentisseurs transforme ces routes en dangers permanents, notamment pour les plus jeunes. Les enfants jouent au bord de la route, voire au milieu. Les accidents sont fréquents et les habitants vivent avec l’angoisse constante qu’un simple trajet vers l’école ou le marché ne tourne au drame. Ces routes, censées désenclaver les zones rurales, deviennent parfois des menaces quotidiennes pour ceux qui vivent à proximité.


Un accès aux soins périlleux
L’accès aux centres de santé est également compromis à cause de ces routes. Le dispensaire de Longnaykao, situé dans le district de Bountai, dans la province montagneuse de Phongsaly, en est un exemple frappant. Niché en hauteur, il n’est accessible que par une route escarpée et dégradée, parfois impraticable en saison des pluies. Cette situation complique considérablement l’acheminement des malades et des femmes enceintes, tout en isolant le personnel soignant.
Quant à l’hôpital de district de Namor, dans la province d’Oudomxay, son accès par une route sinueuse, étroite et éloignée du centre-ville en fait un point de santé difficile à atteindre en cas d’urgence médicale. Cet exemple est révélateur pour un hôpital de district dont dépendent dix dispensaires.

Train contre route : un progrès limité par le coût et les contraintes
Le lancement du train à grande vitesse dans une partie du Laos a permis de désengorger partiellement les routes du nord. Là où il fallait six heures de voiture pour relier Oudomxay à Luang Prabang, le train permet désormais de faire le trajet en deux heures. La portion Nga – Oudomxay, par exemple, se fait en trente minutes en train contre deux heures par la route. Toutefois, malgré ces progrès, les routes restent massivement utilisées.

Les raisons sont multiples : le coût élevé du train, les contrôles stricts (interdiction des objets coupants, aérosols, etc.) et l’impossibilité de transporter de nombreux effets personnels, ce qui est un frein pour une population qui voyage rarement léger. Résultat : habitants et transporteurs continuent de prendre la route, malgré les risques, les embouteillages, voire des blocages de plusieurs heures ou jours en cas d’éboulement ou d’accident.
Un réseau routier inégal du nord au sud
Le sud du pays, moins montagneux, offre parfois des routes plus praticables. Mais même à Vientiane, la capitale, l’état des routes reste une source d’indignation. Lors de la saison des pluies, les chaussées se détériorent rapidement, provoquant cratères, embouteillages et augmentant le risque d’accidents.


Des chiffres alarmants sur les accidents
Selon les données de la Direction de la police routière du Laos, 6 789 accidents ont été recensés à l’échelle nationale en 2024, causant 10 312 blessés et 929 décès. Ces chiffres traduisent l’urgence de réinvestir dans les infrastructures routières, en particulier dans les zones rurales où l’état des routes est une question de survie. La prévention peut être une réponse, car au Laos, au-delà de l’état des routes, la conduite en état d’ivresse, l’absence de casque, le surchargement des véhicules et le nombre de passagers par moto aggravent le nombre d’accidents graves.
Conclusion : un enjeu vital pour le développement
Au Laos, les routes sont bien plus que de simples voies de transport : elles sont des artères vitales qui conditionnent l’accès aux soins, à l’éducation et au commerce. Tant que le réseau routier restera aussi dégradé, ce sont les populations les plus isolées qui continueront de payer le plus lourd tribut. Le train a offert une solution, mais il reste inaccessible à une partie de la population. Dans les montagnes, chaque trajet peut être un danger, chaque déplacement un risque. Il est temps que les routes cessent d’être une menace, pour devenir enfin un lien de vie.
Eva Ardin










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