Vers une ouverture économique du Laos

Classé au 147ème rang sur 197 concernant l’Indice de Développement Humain, le Laos souhaite en adoptant son huitième plan de développement socioéconomique (2016-2020) remplir les Objectifs du Millénaire pour le Développement des Nations Unies et faire sortir le Laos de la catégorie des « Pays les moins avancés ». Selon la Banque Mondiale, le Laos fait partie du tiers le plus pauvre des pays à revenu intermédiaire, le niveau national d’éducation y est faible et les conditions de vie dans les zones rurales (qui abritent 60% de la population active) sont précaires. Sur les 7 millions d’habitants en 2019, 22% se trouvait en dessous du seuil de pauvreté. En outre, les inégalités avec les zones urbaines sont grandissantes dans le pays.


Le rythme de croissance du Laos s'il s'est légèrement ralenti ces dernières années, se situe toujours autour de 7%. Les finances publiques du pays sont un point alarmant : le ratio de la dette au PIB était à 66,7% en 2018, ce qui n'est pas particulièrement élevé, mais dont 80% sont libellés en devises et détenus à l'extérieur (la Chine détient la moitié de la dette publique), ajouté à un important déficit budgétaire du gouvernement (4,5%) qui l'empêche de poursuivre des politiques de développement. Il est courant au Laos d'avoir des médecins dans les hôpitaux ou des enseignants du public qui ne sont pas payés. Le pays est totalement dépendant des aides extérieures.

Entouré par la Birmanie, le Myanmar, la Thaïlande, le Cambodge, le Viêt Nam et la Chine ; la République démocratique populaire du Laos entreprend depuis 1986 une politique d'ouverture économique. Le Laos est un pays économiquement intégré dans sa région, il fait partie de l'ASEAN (Association des nations d'Asie du Sud Est) depuis 1997. Sa croissance économique est principalement portée par l’action des pays extérieurs et frontaliers tels que la Thaïlande en premier, la Chine à partir des années 2000 et le Vietnam, grâce à l’exploitation des ressources minières et hydrauliques du pays. En 2013, le Laos rejoint l'OMC marquant sa mutation vers une économie de marché plus internationale. Ce petit pays représente ainsi un atout majeur pour les investisseurs occidentaux car il se trouve en effet au coeur du sud-est asiatique, et peut de par sa position géographique stratégique devenir un véritable noeud de communication ainsi qu'une porte d'entrée vers l'Asie du Sud Est. La main d'oeuvre y moins chère que dans les autres pays du Sud-Est permettant des couts de production plus bas. De plus les les frais de douanes sont peu élevés, le Laos bénéficiant de l'exemption des frais de douane pour les pays les moins développés. Il dispose également d'importantes ressources minières, forestières et un important potentiel hydroélectrique le rendant d'autant plus attractif.

Le principal secteur d'activité au Laos est l'agriculture. La production agricole occupe aujourd'hui environ 630 000 hectares et a été multipliée par 4 depuis 1986. C'est la source principale de revenu pour la plupart des populations. L’agriculture est un secteur clef pour le Laos puisqu’il représente plus de 45 % du PIB et qu’il reste encore 73 % de la population vivant dans les campagnes. Il s'agit d'une agriculture de subsistance largement dominée par la production de riz. Mais c'est surtout l'un des secteurs qui vont le plus intéresser les investisseurs étrangers. Les entrepreneurs privés lao, seront eux plus concentrés sur les productions traditionnelles locales de meilleure qualité telles que le café et le thé. On retrouve également ces entrepreneurs dans les productions textiles et de confections. Ce secteur connait d'importantes mutations. Les dépenses publiques pour son développement sont faibles et celui-ci repose alors essentiellement sur des compagnies privées. Des terres sont privatisées au profit de ces compagnies au détriment parfois des populations. Le paysage agraire se transforme, passant d'une agriculture de subsistance, avec des exploitations familiales à une agriculture de marché. Cette transformation entraine d'importants déplacements de populations, un affaiblissement du lien des hommes avec les terres et un risque de paupérisation. Les habitants des villages deviennent salariés dans ces plantations, sans conditions de travail garanties.

Le secteur hydroélectrique est un secteur d'avenir au Laos, avec d'importants investissements et plusieurs projets de barrages (Xayaburi et Don Sahong) et de nombreuses centrales en cours de réalisation. Ces infrastructures devraient permettre une augmentation du PIB dans les années à venir.

Le tourisme quant à lui est une activité en hausse, bien qu'il reste encore très en dessous de son potentiel, générant des revenus grâce au riche patrimoine culturel et naturel du Laos. La hausse du tourisme amène ainsi des questions autour de la valorisation et la préservation de ce patrimoine.

L'ouverture économique du pays fait face à plusieurs difficultés dues à ses faiblesses, pour la plupart structurelles, et entraine elle même des questionnements sur ses objectifs et ses enjeux.

Le Laos est un pays enclavé qui ne possède pas d'accès à la mer, avec des infrastructures peu développées voir inexistantes. Son réseau routier et ferroviaire est insuffisant laissant des zones entières avec pour seul accès des pistes pouvant être inondés et impraticables une partie de l'année. Les villes vont bien plus pouvoir bénéficier des retombées de l'ouverture du pays laissant de cotés ces zones difficiles d'accès. La main d'oeuvre qualifiée est très faible rendant le pays dépendant aux aides internationales, d'un point de vue technique, et freinant son développement et sa modernisation. De la même manière sa dépendance aux aides financières externes est un frein à son autonomie de développement.

Être autonome est essentiel, afin de pouvoir assurer un développement durable de son économie. En dépendent des enjeux tels que l'amélioration du niveau de vie au Laos, pays où par exemple persistent des problèmes de malnutrition et d'accès au système de santé. La priorité est actuellement donnée au développement de l'agriculture afin d'assurer son autosuffisance alimentaire. L'ouverture économique du Laos a également d'importants impacts sociaux et environnementaux. La question de l'exploitation de ses ressources, de la préservation des milieux et du patrimoine du Laos s'accompagnent de questionnement sur les droits sociaux des Laotiens. La rapide mutation du Laos doit prendre en compte ces problématiques afin d'assurer un développement durable du pays.


Iris PRZYCHODZEN VINCENT

79, rue Francis Baulier

42100 Saint-Étienne

France

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