Témoignage sur les villages de NONG KHIAW et MUANG NGOY

Est-ce que tout tourne au ralenti ou bien est-ce la vie paisible lao authentique, la « slow-life » que de nombreux voyageurs veulent découvrir en venant au Lao ?

Le COVID n’affecte pas toutes les villes et villages, et leur population, locale ou expatriée, de la même façon. Il semble que dans ces villages encore ruraux et reculés il soit plus facile de faire face à ces temps de crise. En fait, moins l’économie repose sur le tourisme et plus on vit traditionnellement et mieux on s’en sort…


NONG KHIAW et MUANG NGOY sont deux villages du Nord coincés entre les impressionnantes montagnes calcaires, à une centaine de kilomètres de Luang Prabang, qui se sont ouverts au tourisme il y a une vingtaine d’années. Difficile d’accès, l’électricité n’est arrivée à MUANG NGOY qu’en 2013 et la route en terre toute rudimentaire la joignant à NONG KHIAW n’a été construite que cette année. Avant, MUANG NGOY n’était accessible que par bateau. L’on s’y rend pour découvrir la nature, les randonnées dans la jungle, les innombrables points de vue à couper le souffle, les aventures en kayak, en bouée et l’ambiance paisible.


Au mois de décembre, dans le nord du Laos il peut faire frais, voire froid. Ces dix dernières années, on a pu atteindre des températures bien en dessous des 10° C à Luang Prabang. Cette première semaine de décembre, les températures et les paysages rappellent le début de l’automne dans le sud de la France, quand le soleil chauffe encore fort en journée mais que chaque coin d’ombre fait perdre plusieurs degrés, et qu’il faut sortir les laines dès que le soleil disparait. La récolte du riz est terminée ; le long du chemin les couleurs tirent sur le jaune, laissé par les pailles de riz que les vaches brouteront jusqu’à la saison de plantation du riz. Les nuits seront froides ; ce n’est qu’à force de couches de couvertures, de pulls et de chaussettes qu’on peut se réchauffer, car à l’intérieur des maisons il fait la même température qu’à l’extérieur.


La première escale se fait nécessairement à NONG KHIAW, première sur le parcours. Le calme règne, chacun vaque à ses occupations. Tôt le matin jusqu’à 9h, il y a le marché près de l’école qui concentre l’animation de la ville, les shops alimentaires, de réparation, de bricolage sont ouverts jusque 18h. Au coucher de soleil le village déjà peu animé s’éteint complètement, quelques grillades en bord de route le temps d’une petite heure, puis tout le monde rentre chez soi. Peut-être verra-t-on un filet de lumière serpenter le Mékong, celui d’un pêcheur sur sa pirogue, essayant de pêcher de nuit, éclairé d’une petite lampe-torche bien qu’apparemment « il n’y a plus de poissons ici ». On peine à imaginer que d’ordinaire ce village fait partie des destinations phares du Nord Laos. A la nuit tombée les rues sont vides, seules un restaurant reste ouvert après 21h mais il est vide. Toutes les agences qui proposent des tours sont fermées ainsi que la plupart des restaurants et des guesthouses, laissés à l’abandon. En fait, tout ce qui est à destination touristique est fermé. Ne reste que la vie locale. Un retour difficile à la vie d’avant ?


Si la guesthouse n’a pas fermé, c’est que quelques clients viennent encore, pour la plupart lao ou chinois. En somme, des gens qui vivent encore au Laos car la plupart des voyageurs et touristes sont partis et ceux qui sont restés comptent leur sous.


SAWAT vient quand même de trouver un emploi il y a trois jours dans une guesthouse. Il est payé 800 000kip par mois, soit moins de 80 euros. Il a le logis offert mais pas le couvert. Il se laisse le mois pour voir s’il trouve mieux ou s’il reste, après-tout il n’a pas de loyer à payer. Mais sans le couvert et avec des repas a minima de soupe de bouillon clair et nouille de riz à 15 000kip, il sait que s’il doit rester il devra se serrer la ceinture pour espérer mettre un peu d’argent de côté. Il pense à adopter le même régime que durant ces années au temple, soit deux petits repas par jour maximum qu’il composera essentiellement de riz. SAWAT a 20 ans, il a passé quatre années en tant que novice dans les temples de Luang Prabang, c’est une solution assez commune dans les familles pauvres pour avoir un toit, du linge et de la nourriture sans débourser un centime. Car quand on vit au temple, on vit de donation, la famille ne paie rien et on l’allège d’une bouche à nourrir. Il est issu d’une famille de quatre, et son père marié à deux autres femmes, n’a jamais participé aux frais du ménage. Pendant ces quatre années au temple il a consacré une année entière à apprendre l’anglais puis a réussi à intégrer des cours gratuits, validé son premier niveau et reçu une recommandation de sa professeure pour recevoir une bourse qui lui permettra de passer le second niveau. Il nous raconte cette histoire avec beaucoup de fierté car quand il a rejoint les cours, il était dernier de sa classe, mais fort de sa motivation et ambitieux, il a vendu son smartphone - sur lequel il perdait des heures à jouer à Clash of Clan, comme beaucoup de jeunes de son âge - pour n’avoir aucune distraction. Et ses efforts ont payé : en trois mois il avait largement rattrapé son retard et était premier de sa classe. A la fin de son novice, il travaillait en tant que barman à NONG KHIAW et améliorait son anglais grâce aux touristes. En fait, c’est surtout grâce à ces échanges qu’il a atteint ce niveau. La désertification qu’a provoquée le COVID fait que depuis plusieurs mois il ne le pratique plus et me confie combien il était stressé, à notre arrivée, d’avoir perdu son anglais. Il avait pour projet de rejoindre des cours à l’université de Luang Prabang pour devenir tour-guide. Faute de travail et d’argent il doit mettre ce projet entre parenthèse en attendant la reprise des activités à la normale, en attendant d’avoir assez d’argent de côté pour payer les frais d’inscription mais aussi tous les coûts inhérents à la vie en ville : logement, nourriture etc. Tout le monde espère et essaie de s’adapter, de s’accommoder de la situation.


Outre le vide qu’a laissé le COVID dans ce petit village touristique, les habitants souffrent d’autres peines. SAWAT me raconte que son beau-frère est enseignant lao, fonctionnaire depuis sept ans mais qu’on ne lui a jamais versé un seul salaire. Il espère que dans le courant de cette huitième année le gouvernement finira par lui reverser quelque chose, autrement il sera évincé de son travail à 35 ans, comme la loi le dispose.


Le propriétaire du Mandala Resort, établissement de gamme supérieure, témoigne aussi de cette période difficile : « on tourne au ralenti, on tourne à peine ». Ses employés habitent NONG KHIAW et ne viennent travailler que ponctuellement. Parfois