Le Laos à l’heure du confinement

Le fait que le Laos soit peu atteint par le coronavirus est la conséquence de décisions politiques volontaires et le fait d’habitudes sociales et culturelles profondément inscrites dans la population. A l’égal du Vietnam voisin qui a rapidement compris l’importance du problème, le Laos a su fermer très rapidement ses frontières, notamment avec la Chine puis avec la Thaïlande où il a fallu contrôler le retour massif des travailleurs Lao dans leur pays. Des mesures strictes de prévention et de contrôle sont toujours en cours. Des médecins spécialistes chinois et vietnamiens interviennent et organisent des formations auprès des médecins et infirmières Lao pour intégrer les bonnes pratiques dans leur lutte contre le coronavirus. Ils ont également, chacun pour leur part, distribués masques et vêtements de protection.

D’après VIENTIANE TIMES, 1661 personnes ont été testées et 19 se sont révélées infectées par le coronavirus. Entre le 09 mars et le 26 avril, 313 personnes ont été suivies pour la maladie et toutes ont terminé leur période de quarantaine de 14 jours. Aucune nouvelle infection par le coronavirus n'a été signalée depuis 14 jours consécutifs.

A l’inverse, un rapport du ministère de la Santé fait état de 14 242 cas de dengue enregistrés dans l’ensemble du pays depuis la fin du mois de décembre 2018 au mois de juillet 2019 avec un bilan humain de 32 morts : six à la capitale Vientiane, cinq à Champassak, 10 à Savannakhet et dans les autres provinces. On meurt donc au Laos davantage de la dengue que du COVID-19. Ces risques vont notamment augmenter à la saison des pluies et il demeure nécessaire de développer des campagnes d’information et d’éradication des eaux troubles et stagnantes. C’est pourquoi Peuples et Montagnes du Mékong est conforté dans sa politique d’aide et de soutien d’adduction d’eau aux dispensaires et dans sa volonté d’informer et de former les habitants des villages dans lesquels nous intervenons. En cela, nous espérons le soutien de nos adhérents et de nos donateurs.

Ces efforts pour lutter contre la propagation du coronavirus ne seraient pas pertinents s’ils n’étaient pas suivis d’effet par toute la population. A L’inverse des pays européens et notamment de la France, la population respecte dans l’ensemble les consignes. Le port du masque dans la rue est coutumier depuis longtemps et n’étonne personne (sauf les touristes qui persistent à ne pas en mettre). Depuis le confinement, restaurants, hôtels et magasins restent fermés. Seuls certains commerces d’alimentation restent ouverts. Ils bricolent des mesures de distanciation selon leurs possibilités ; certains se contentant d’une simple ficelle tendue entre deux chaises alors que d’autres installent une table à leur entrée et contrôlent votre température en vous demandant de mettre du gel hydroalcoolique sur vos mains. Dans les rues, la circulation a nettement ralenti mais n’est pas toutefois inexistante. Des barrages de police se tiennent dans des endroits stratégiques. Les policiers prennent eux aussi votre température et vérifient que vous portez bien votre masque (le port du casque, c’est vraiment autre chose). Le confinement s’est bien terminé le 03 mai mais certaines restrictions demeurent comme l’interdiction de circuler d’une province à une autre. Comme nous avons besoin de nous rendre à OUDOMXAY pour des réunions de travail, cette interdiction repousse à plus tard certains de nos objectifs.


Depuis quelques années, le Laos a économiquement largement profité du tourisme ce qui a permis la création de plusieurs milliers d’emplois. Le problème est que les touristes chassés par le coronavirus sont partis et qu’ils ne semblent pas prêts de revenir (au moins 3 ans aux dires de certains pour revenir au niveau de 2019). Le Laos risque d’être frappé au cœur de son évolution et de ses investissements. Une ville comme LUANG PRABANG vit à 90 % de l’activité du tourisme. De nombreux hôtels d’assez grande capacité sont actuellement en construction. Cette ville a une capacité de 5000 lits environ. Quel est donc le devenir de ces hôtels et autres guesthouses s’ils ne retrouvent pas rapidement leur clientèle internationale ? Idem pour les restaurants, agences de voyage et autres services vivants directement ou indirectement du tourisme. Et que dire des infrastructures de grande ampleur, tel le TGV chinois et autres voies de communication ?

Le risque est donc grand d’une déflation voire d’une récession de grande ampleur et cela pour plusieurs raisons :La première est que le Laos, à la différence des pays riches, n’a pas les moyens d’apporter une aide financière aux entreprises en difficulté. Le pays est lourdement endetté et reste très dépendant de la Chine.Comme l’activité touristique risque d’être affectée durablement pendant deux ou trois ans, de nombreuses faillites sont également prévisibles dans les mois à venir. Même chose pour les infrastructures : à qui va servir le TGV si la population Lao n’a pas les moyens de l’emprunter et en l’absence des touristes ? A transporter des marchandises venant de Chine, d’accord ; mais pour quelles destinations en ces temps de démondialisation et de retour vers une production plus nationale ?

L’autre problème est bien sûr celui de la population. Le Laos n’a pas les moyens d’avoir de grandes lois sociales comme en France. Il n’y a pas de sécurité sociale, de mutuelle ou d’assurances chômage. En clair, pas de travail pas d’argent et beaucoup de jeunes qui travaillaient dans les villes n’ont pas d’autre alternative que de retourner à leur village. A condition que cela soit possible ! Pour d’autres, la situation est encore plus préoccupante car ils ne bénéficient d’aucune alternative. Ils survivent dans des logements insalubres et délabrés, parfois avec enfant et sans aucune ressource. Une fois le sac de riz épuisé, ils seront sans aucun moyen de subsistance et le risque de malnutrition devient réel. Des risques de troubles et de réponses répressives ne sont pas à écarter.

Contrairement aux prévisions, il faut donc s’attendre à une chute du produit intérieur brut (PIB). En 2017, le PIB du Laos avait augmenté d’environ 6,83 % par rapport à 2016. Il risque de chuter d’un pourcentage équivalent et d’entraîner dans sa chute la part de la santé qui se situe à 1,98 % . La dette publique est actuellement de 62,8 % en 2017 et le déficit public est de 5,6 % du PIB. Autant ce déficit est concevable en pleine croissance ; autant il risque de devenir insupportable en cette période de pandémie.

En conclusion le coronavirus risque d’avoir des conséquences redoutablement négatives sur le bon fonctionnement du pays et surtout sur les éléments les plus pauvres de la population.Il faudra beaucoup d’efforts et d’énergie pour redresser la situation et les associations caritatives devront y prendre leur part.





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