La diversité ethnique du Laos : Recensement et préservation

Le Laos est le pays d'Asie du Sud Est ayant la densité de population globalement la plus faible. Pourtant, selon certains ethnologues, sa population pourrait être composée d'environ 80 ethnies réparties sur le territoire avec chacune ses propres coutumes. Celles répertoriées et recensées officiellement par le gouvernement sont au nombre de 49 et prennent leurs origines dans toute l'Asie du Sud-Est, si ce n'est plus loin. Chacune a des particularités, qui peuvent se manifester dans leurs costumes, leur langue ou bien leurs coutumes. Cette diversité ethnique a fait l'objets de nombreuses tentatives de classifications ; leur différenciation était rendue malaisée par les erreurs de traductions, la ressemblance des dénominations et les similitudes entre certains groupes. Motivées par différents objectifs, ces classifications ont eues des conséquences importantes sur la perception, l'intégration de ces ethnies et leur évolution.



Évolution des recensements et des classifications ethniques


A la fin des années 1960, le gouvernement adopte une classification arbitraire basée sur des concepts ethno-géomorphologiques. La typologie qui avait été établie précédemment par l'administration coloniale était basée sur des connotations péjoratives et « raciales », et dans laquelle les ethnies se mélangeaient et se confondaient. A cette époque une appartenance ethnique précise n'avait que peu d'incidence hormis pour la différenciation entre Taï et Kha, les habitants de plaines et ceux des montagnes. Avec une volonté de rupture, le Royaume du Laos supprime la typologie coloniale pour une classification géographique neutre en 3 groupes : Les "Lao Loum" ou « Laos Thais » (Laotiens des plaines), les "Lao Theung (Laotiens des plateaux) et les "Lao Soung" (Laotiens des sommets).

Avec l'instauration du régime communiste en 1975, une nouvelle classification en quatre groupes répondant à un double objectif est mise en place. Le gouvernement a pour motivation la réunification du pays après les nombreux conflits, autour d'une unité nationale, tout en reconnaissant la diversité ethnique et culturelle de la population. C'est pourquoi ce nouveau classement prend en compte les caractéristiques linguistiques et traditionnelles des ethnies. Le premier groupe, les Lao-Tai, correspond à l'ancien groupe des Lao Loum. Le groupe Môn-Khmer est le nouveau nom désignant le groupe des Lao Theug. Le changement principal apparaît pour l'ancien groupe des Lao soung qui divisé en deux donne les groupes des Hmong-Iu Mien et des sino-tibétains. Une polarisation et une hiérarchisation des ethnies déjà initiée précédemment s'accentue à cause des anciennes rivalités et alliances.


Polarisation et hiérarchisation des ethnies



De nos jours, cette polarisation des ethnies se retrouve dans la vie politique et sociale du Laos. Sont régulièrement mis en contraste les ethnies minoritaires face à une ethnie majoritaire Lao qui ne représente en réalité qu'un peu plus de la moitié de la population du Laos. Cette prééminence en tant qu'ethnie majoritaire est donc discutable, pourtant elle se manifeste dans la césure politique et sociale entre habitants du Laos.

Le groupe majoritaire Lao-Taï se retrouve dans les plaines, pratique une riziculture inondée et a pour religion le bouddhisme. Tandis que les trois autres groupes sont non-bouddhistes et plutôt localisés dans les zones montagneuses. Ces groupes isolés géographiquement et administrativement auront ainsi un accès moins facile, aux aides humanitaires, à l'éducation, à l'intégration économique etc. Pour ce qui est de l'éducation, à l'école censée être facteur de mixité ethnique, c'est la langue Lao qui sera utilisée et diffusée. La hiérarchisation entre ethnies se traduit également par les nombreuses discriminations dont font l'objets certaines minorités notamment Hmongs pour lesquels les conditions de survie sont plus qu'alarmantes.